Mine d’or de Loulo : Le calme est revenu

Mercredi 14 octobre 2009, par Orez (K.) // Kéniéba au Mali

Les responsables de la société se sont engagés sur plusieurs préoccupations de la population locale. La providence, enseignent les anciens, intervient souvent lorsqu’on s’y attend le moins.

C’est le cas de ce malheureux événement qui vient de troubler la paisible cohabitation entre la mine de Loulo et les villages voisins. Résultat : la méfiance, la crainte et la haine se sont installées entre des gens condamnés à vivre ensemble.

La localité de Loulo a vécu le 10 juillet dernier un drame (voir L’Essor du 15 juillet). Comme une traînée de poudre, la nouvelle a fait le tour des localités environnantes, du pays et même de la sous-région. Qu’est-ce qui a suscité cet accès de violence ?

La mine de Loulo est située sur le territoire de la commune de Tabakoto dans le cercle de Kéniéba. Elle est entourée des villages de Baboto, Djidjan, Loulo, Sakola et Tabara. Depuis son ouverture en 2005 par la Société minière de Loulo (Somilo), l’entreprise vivait en harmonie avec ses voisins immédiats. Un cadre de concertation avait d’ailleurs été mis en place à cet effet et regroupait les chefs des villages voisins de la mine, les représentants des jeunes, les responsables communaux et administratifs.

Cette concertation permanente a permis d’instaurer un climat de paix et de stabilité entre les populations locales et la mine. Ainsi par rapport aux préoccupations constantes des populations voisines, le cadre de concertation sollicite la contribution de la mine. Cela a permis la réalisation de nombreux projets par la Somilo notamment la construction d’écoles, de centres de santé, de pompes d’eau, etc.

Ce climat serein se dégradera après l’annonce dans la localité du recrutement de conducteurs. A cet effet, un examen fut donc organisé. Les candidats de Loulo et des villages environnants ont été recalés. Ceux de Morila, présentés par la société MARS, ont trusté les places. Les villages de la zone minière ont accueilli ces résultats avec incompréhension. Ils ne tarderont pas à manifester leur déception en interpellant le cadre de concertation.

C’est ainsi que des rencontres furent initiées avec des responsables de la Somilo. Une liste de 6 revendications fut déposée sur la table de négociation.

DEUX MILLIARDS DE PERTES. Selon Falaye Sissoko, conseiller communal et membre du cadre de concertation, la revendication principale était le licenciement immédiat des recrues et du formateur. "Les populations ont aussi dénoncé le licenciement abusif et irrégulier des employés locaux sans préavis par l’agent recruteur de la mine. Ils ont surtout insisté sur la prise de mesures immédiates de sécurité dans l’utilisation des explosifs, la délivrance d’attestations aux stagiaires formés par la Somilo sur les installations de Morila et une révision à la hausse du niveau des salaires", explique-t-il.

Mais les pourparlers ont traîné en longueur. Les populations ont fini par s’impatienter. Les femmes furent les premières à manifester leur mécontentement à travers un sit-in qui tournera, à l’arrivée des forces de l’ordre, à un accès de violence.

Une délégation dirigée par des experts du ministère des Mines, et comprenant de députés de l’Assemblée nationale, fut dépêchée sur les lieux pour tenter de ramener le calme. Elle y parviendra. Il est vrai que la présence des forces de sécurité dissuade tout débordement.

Après les moments chauds, un calme relatif est intervenu dans la mine et les villages voisins. L’heure est à l’évaluation des dégâts enregistrés de part et d’autres. Selon le directeur adjoint de la Somilo, Luiz Correia, le bilan est lourd. "En plus des maisons pillées, saccagées et incendiées, des véhicules ont été cassés, des motos incendiées, et des tuyauteries endommagées. Sur le plan financier, notre société a enregistré près d’une semaine d’arrêt de travail soit près 2 milliard Fcfa de pertes", souligne-t-il tout en regrettant cet incident.

Du côté des populations, on enregistre plusieurs blessés. Y compris des femmes et des enfants. Certains sont victimes de fractures et divers traumatismes. "Nos femmes qui voulaient paisiblement manifester leur mécontentement à travers un sit-in aux portes de la mine, ont été attaquées par de plus de 200 agents de sécurité. Elles ont été traquées jusque dans leurs lits", soutient le représentant du chef de village, Madou Sissoko.

Au cours des discussions en présence de la délégation venue de Bamako, la direction générale de la Somilo s’est engagée à effectuer des investigations sur les procédures de recrutement et à donner désormais la priorité aux locaux dans les emplois non qualifiés.

Il a été demandé aux chefs de village voisins de remettre la liste des conducteurs qualifiés avec leurs références. Un programme de formation des jeunes locaux sera initié. Les responsables de la mine ont sollicité l’aide des communautés locales pour obtenir des informations fiables. Désormais tout recrutement d’agents non qualifiés sera effectué sur les places publiques de Loulo et Djidian. L’entreprise s’est également engagée à rencontrer les femmes de la communauté et leur donner toutes les explications sur les explosifs. Les populations ont une autre préoccupation : la libération des 80 personnes, hommes et femmes, arrêtées suite aux incidents.

Ces événements ont révélé le caractère très sensible de la problématique de la promotion et de la valorisation de la main d’œuvre locale dans nos mines. Il se trouve en effet que la plupart de nos sociétés minières sont accusées de ne pas recruter suffisamment de travailleurs locaux, même dans les emplois non qualifiés. Quelles que soient les explications avancées par les sociétés minières, cela est difficilement compréhensible pour les populations locales.

Doussou DJIRÉ

L’Essor n°16493 du 27 juillet 2009

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