outre-mer La nouvelle stratégie des forces françaises en Amazonie semble être un succès
On les appelle les « garimpeiros ». Ces chercheurs d’or illégaux, issus du Brésil et du Surinam, ont investi par milliers la jungle de Guyane. Traqués par l’armée, poussés par la misère, ces orpailleurs détruisent des pans entiers de forêt amazonienne et la polluent au mercure, dans leur quête du métal précieux. Quatre-vingts ans que ça dure. Mais pour la première fois, ils perdent du terrain. Engagées depuis deux ans et demi dans une lutte de territoire, l’armée et la gendarmerie françaises pensent avoir gagné une bataille capitale, il y a quelques jours à peine.
L’opération s’appelle « plan Harpie ». Six cents hommes au cœur de la jungle, pour harceler les « garimpeiros », détruire leur matériel, évacuer leurs villages de fortune. C’est Nicolas Sarkozy qui l’a voulu, en février 2008, quand les cours de l’or commençaient à s’affoler. Aujourd’hui, la fièvre est plus forte que jamais. Dans un restaurant de Cayenne, Didier Laumont, chef des gendarmes de Guyane, résume la situation : « C’est 33 € le gramme, 33 millions la tonne. A ce cours-là, les orpailleurs sont prêts à tous les risques. »
Des dizaines de tonnes sont extraites illégalement de Guyane chaque année. La France a donc renforcé son dispositif militaire. « Avant, c’était la blitzkrieg : on frappait fort et on repartait. Maintenant, on est décidés à rester. » Des camps militaires s’établissent près des villages évacués. Et ils y restent pour une durée indéterminée. « Dans certaines zones, ils étaient plus de 5 000, poursuit Didier Laumont. Maintenant, ils ne sont plus que quelques centaines. Ils sont cachés dans la jungle, avec une bâche et un hamac, à attendre qu’on parte. Mais on va rester. »
Le lieu-dit de Bœuf Mort est l’un des ces villages fantômes. La ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, vient d’y accéder, après une heure d’hélicoptère. Entourée de gradés, dans une chaleur étouffante, elle inspecte ces cahutes en bois perdues au milieu de la jungle. Ici, un coin déchetterie. Là, une ancienne maison de passe. « Pour gagner le combat, il va falloir travailler avec le Brésil et le Surinam », prévient-elle. Des échanges de renseignements, des patrouilles aux frontières et des condamnations pénales concertées pourraient voir le jour en 2011. Mais le chemin est encore long. « Ils sont des milliers sur le territoire, mais des millions à vouloir venir, rappelle un journaliste guyanais. Et les sociétés légales d’orpaillage utilisent des méthodes qui nuisent aussi à l’écosystème amazonien. » Marie-Luce Penchard semble consciente de ces enjeux : « Ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut rien faire », assène-t-elle.
envoyé spécial en Guyane, Gilles Wallon
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