Salsigne, une pollution sans répit

Vendredi 26 mars 2010, par Orez (K.) // en France

Par Mehdi Benchelah

Marquée par un siècle de pollution, due à l’activité de la mine d’or de Salsigne et de l’usine de traitement des déchets, la vallée de l’Orbiel en France peine à retrouver un équilibre environnemental. Ses habitants, traumatisés par les conséquences d’une exploitation industrielle intensive, s’opposent aujourd’hui à l’établissement au même endroit d’un centre d’enfouissement technique pour ordures ménagères, décidé en 2004 par le Conseil général du Languedoc.

Reportage à Salsigne, près de Carcassonne

A une quinzaine de kilomètres au nord de la cité médiévale de Carcassonne, la vallée de l’Orbiel déploie ses jolis côteaux couverts de vignobles et de champs de céréales. Bien que située à mi-chemin de la Montagne noire et du Massif central, cette région bucolique évoque irrésistiblement la Méditerranée, avec ses petits chênes lièges et ses étendues de pins parasols. Pourtant, l’endroit possédait encore il y a quelques années la réputation de site le plus pollué de France.

À la Combe du Saut, sur les bords de la rivière de l’Orbiel, se trouvait en effet une unité de transformation du minerai d’or de la mine de Salsigne, plus tard reconvertie dans le traitement de déchets industriels venant de toute l’Europe. Le procédé de transformation par cyanuration (il fallait traiter 1000 tonnes de minerai brut pour extraire 2,5 kilos d’or) a déversé pendant près d’un siècle d’énormes quantités d’arsenic et de produits toxiques dans l’eau et dans l’atmosphère.

Guy Augier, 53 ans, est un agriculteur qui possède une petite exploitation située à un kilomètre et demi de la mine de Salsigne et de l’usine de traitement. « Certains jours, quand l’usine était en activité, nous ne pouvions pas travailler dans nos vignes, raconte-il avec un fort accent du sud-ouest. Les fumées sentaient tellement fort que cela nous donnait des maux de tête et qu’on était obligé de quitter notre travail. C’était pareil pour notre famille, nos enfants ne pouvaient pas aller dehors. Cette situation a duré six ans avant qu’on se mobilise pour faire fermer les installations. »

L’exploitation de la mine et le traitement a duré jusqu’en 2004, mais les conséquences d’un siècle de pollution ne s’effacent pas aisément. Autour de l’ancienne usine de traitement qui jouxtait la rivière, on aperçoit de curieuses collines où aucun arbre ne pousse. « Ce sont des collines artificielles faites par l’homme, explique Henri de Marion, le vice-président de l’association de défense des riverains de Salsigne. Elles contiennent la pulpe du minerai chargé d’arsenic et de cyanure. Le problème, ce sont les infiltrations d’eau saturée de ces éléments qui se déversent dans l’Orbiel. Aujourd’hui encore, il y a toujours une pollution chronique dans la rivière. Elle est moindre qu’à l’époque de l’activité industrielle, mais elle existe. »

Sur les rives de l’Orbiel, on distingue de nombreux jardins potagers plus ou moins à l’abandon. Depuis les inondations intervenues en novembre 1996, la préfecture interdit chaque année la vente de certains légumes (salades et thym en particulier) contaminés à l’arsenic par l’eau de la rivière.

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