Pour tout l’or de Rosia Montana
Sous un bourg historique de Transylvanie, en Roumanie, une compagnie minière convoite une fabuleux gisement. Le plus grand d’Europe.
Le visiteur qui débarque à Rosia Montana, charmant bourg des Carpates occidentales réputé pour ses galeries romaines bimillénaires et ses façades ornementées du XIXe siècle, est frappé par quelques détails étranges. Il y a d’abord ces hommes casqués aux uniformes jaune et vert qui sillonnent les rues, l’air faussement affairé ; la profusion de banderoles déployées pour exalter "la tradition minière" de la localité ; les panonceaux frappés d’un logo doré figurant un anneau torsadé, cloués à la quasi-totalité des maisons du vieux centre. Un œil averti repérera encore les gros 4x4 Toyota qui circulent entre les antiques Dacia 1300, et dont les plaques minéralogiques se terminent invariablement par RMG. Rosia Montana Gold Corporation (RMGC), c’est le nom de la compagnie minière qui a fait main basse sur la petite cité. Et sur son fabuleux trésor.
La manne se compose de 300 tonnes d’or et 1.500 tonnes d’argent disséminées dans le sous-sol, sur 23 km² de surface. Cela fait de Rosia Montana le plus grand gisement d’Europe, pour une valeur estimée de 10 milliards d’euros. Cette richesse ne vient pas d’être découverte : l’extraction des métaux précieux dans la région remonte au moins au IIe siècle, époque de la conquête de la Dacie par les Romains. Elle n’a jamais vraiment cessé à travers les âges. Jusqu’en 2006, lorsque la compagnie d’État roumaine Minvest a stoppé ses activités faute de rentabilité.
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La Gold Corporation a déjà apporté 500 emplois Depuis son bureau de l’hôtel de ville – dont les murs appartiennent à la compagnie minière –, le primar (maire) de Rosia Montana, Eugen Furdui, balaie les critiques d’un revers de manche : "Le projet apporte 500 emplois sans même qu’aient commencé les travaux miniers proprement dits, constate-t-il. C’est bienvenu : ici, le chômage a atteint 75% après la fermeture de la mine d’État en 2006. Rosia Montana a toujours vécu de la mine, il n’y a pas de raison que ça change. On ne pourra pas s’en sortir avec le tourisme et l’agriculture." Ce n’est pas l’avis d’Eugen David. Chef de file des opposants réunis dans l’association Alburnus Maior – nom romain de Rosia Montana –, ce paysan élève dix vaches et cultive quelques carrés de légumes sur les hauteurs du bourg, à l’emplacement d’un des quatre puits que prévoit de creuser RMGC. "Non seulement on peut développer le tourisme vert ici, lâche-t-il, mais on n’a pas d’autre choix. D’accord, la mine a toujours existé. Mais avant, c’était pour une capacité d’extraction de 300.000 tonnes de minerai. Leur projet, c’est 12 millions de tonnes. Ils font ça sur seize ans, au cyanure. Ils détruisent tout et ils s’en vont!"
"Nous respectons les législations roumaine et européenne et utilisons les normes les plus élevées", rétorque Catalin Hosu avant de vanter les vertus du cyanure, "bien moins dangereux que les métaux lourds malgré sa mauvaise réputation". La catastrophe de Baia Mare (nord de la Roumanie), lors de laquelle 100.000 m³ d’eau cyanurée s’étaient déversés d’un lac de décantation jusqu’au Danube, en 2000, ne peut pas se reproduire selon lui, en raison des "contrôles beaucoup plus serrés". Pas de quoi convaincre Eugen David : "Si la Gold Corporation arrive à ses fins, je jure d’aller fleurir la tombe de Ceaucescu", lance l’agriculteur en gage de sa détermination.
Pierre-Laurent Mazars, envoyé spécial à Rosia Montana - Le Journal du Dimanche samedi 08 octobre 2011
Paru dans leJDD "Quel pays disposant d’une telle richesse ne chercherait pas de solutions pour en profiter?" a lancé le chef de l’État alors que le cours de l’or atteignait un pic historique. (Reuters)
1 Réaction
Bel artıcle bien redıge et resumant -malheureusement- tres bıen la sıtuatıon. Un travaılle journalistique remarquablement bien menee, on remarque que lq plupqrt des acteurs locaux ont etes ınteroges et que la parole a ete laıssee a chacun. « » mardi 11 octobre 2011 22h15 Par Francoıs