energie • actu Lesechos.fr • Le 19 février 2010
Niger : le producteur d’uranium Areva à la merci des putschistes
En 2008, Areva a exploité 6.300 tonnes d’uranium dans le monde, dont près de la moitié au Niger. Il prévoit d’y investir 1,2 milliard d’euros pour exploiter la deuxième mine d’uranium mondiale.
Changement de décor pour Areva. En mai dernier, Anne Lauvergeon posait en grande pompe la première pierre de la future mine géante d’Imouraren, à plus de 1.000 kilomètres au Nord de Niamey. La patronne du groupe nucléaire était accompagnée du président nigérien Mamadou Tandja et d’un millier de touaregs à dos de chameau. Après des mois, voire des années de négociations ardues - émaillées de l’expulsion du pays du représentant d’Areva en 2007 - tout ce petit monde s’était enfin entendu pour exploiter ensemble ce qui doit devenir la "mine d’uranium la plus importante de toute l’Afrique", et la deuxième du monde.
Huit mois plus tard, Mamadou Tandja est renversé et Areva va devoir composer avec une nouvelle équipe au pouvoir. Vendredi, l’armée a d’ores et déjà annoncé la suspension de la sixième constitution du pays depuis son indépendance de la France, en 1960. Va-t-elle vouloir renégocier les permis d’exploitation qui lient l’Etat et le champion français du nucléaire ?
Chez Areva, on se refuse à tout commentaire. "Il est trop tôt pour analyser la situation", dit-on à Paris. Depuis que sa maison-mère, le Commissariat à l’énergie atomique, a mis en évidence les importantes réserves d’uranium du pays dans les années 1950, le groupe en a vu d’autres.
[ajout 20 septembre 2010] Aujourd’hui l’enlèvement de sept otages - cinq Français, un Malgache et un Togolais - employés d’Areva et du groupe Vinci repose de façon cruciale la question de la présence d’AREVA au Niger. Si l’hypothèse d’Al Qaeda comme responsable de ces enlèvements semble privilégiée, nul n’imagine un enlèvement par le peuple Touareg révolté par la spoliation et la contamination de ses terres…
L’enjeu reste crucial pour Areva et son avenir. En 2008, le groupe a exploité 6.300 tonnes d’uranium dans le monde, dont près de la moitié au Niger. Les chiffres de 2009 ne sont pas encore officiels, mais on évoque une production totale de 8.630 tonnes dans le monde, dont plus de 3.200 au Niger.
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Toute la question est de savoir si le nouveau pouvoir politique nigérien va exiger de nouvelles conditions de la part d’Areva (partage des actifs, conditions d’enlèvement, ...). S’il était effectivement tenté de tout renégocier, Areva serait confronté à la concurrence chinoise, particulièrement active dans l’uranium. Par ailleurs, cela pourrait compliquer son projet d’augmentation de capital, qu’il négocie actuellement avec le japonais Mitsubishi et des fonds souverains. Mais qui que soit son futur leader, Niamey devrait avancer prudemment : la redevance minière représente 5 % de son PIB. Autrement dit, si Areva dépend du Niger, le Niger dépend en partie d’Areva.
THIBAULT MADELIN, Les Echos