TROISIEME PRODUCTEUR D’OR D’AFRIQUE, LE MALI NE RECOLTE QUE DES POUSSIERES

Lundi 11 janvier 2010, par Orez (K.) // au Mali

Dix sept ans après le début de l’exploitation aurifère au Mali, la population attend encore de pouvoir réellement bénéficier de ses retombées, que ce soit dans l’industrialisation, en ce qui concerne le marché de l’emploi, l’état des finances publiques, ou le niveau des dépenses sociales.

Le Mali a offert aux investisseurs internationaux un environnement propice à leur enrichissement mais qui ne garantit ni le respect des droits fondamentaux, ni l’amélioration à long terme des conditions de vie de la population. Nous avons été interpellés par un citoyen le vendredi dernier 03 décembre 2009. Il estime que nous ne parlons pas assez des pratiques en cours dans les mines d’or du pays. En réalité, nous travaillons sur la question depuis que le tout nouveau ministre des mines ; Mamadou Igor Diarra a affirmé devant les confrères d’une revue économique lors de son tout premier voyage à Londres, que l’or du Mali finira dans 3 ans. Il y a quelques mois de cela.

Qu’est ce qui se passe alors de si bien grave dans les mines ?

Des mépris, rien que des dédains par les sociétés exploitantes à l’égard tous ce qui est malien. Violation des textes, mépris du personnel local, dégradation de l’environnement, refus de payement des taxes, bref, ils n’ont aucun respect pour le Mali. Ils exploitent la quantité qu’ils veulent, au moment qu’ils veulent, et déclarent un nombre qu’ils n’estiment pas trop élever et sur la base de laquelle les redevances sont payées. Aucun malien ne connaît exactement la quantité d’or extraite dans une mine du pays. Les nationaux travaillent entre les carrières et les fourneaux. Mais pas un seul douanier, pas un seul gendarme, pas un simple commis représentant le service des impôts, même pas un petit manœuvre malien sur le circuit de la fonte à la mise en caisse des lingots.

Les barres d’or sont stockées en secret et transporter dans des jets privés vers les marchés du choix de la société. Un expatrié blanc dira son ami malien, que s’ils le pouvaient, ses patrons allaient faire venir des ouvriers sud-africains et les faire travailler à la place des maliens.

A notre compréhension, les responsables qui ont élaboré le 1er code minier en 1991 sont moins coupables que ceux des gouvernements successifs de 1992 à nos jours. Harcelés par les rigueurs de l’Ajustement structurel du FMI, agonissant sous les coups de boutoirs de l’insurrection politico corporatiste, les autorités d’alors, se cherchant n’avaient d’autre choix que de se plier aux dictats des Institution financières internationales. Le 2ème code correctif adopté 1999, n’a pu être imposé aux sociétés exploitantes par les gouvernements issus de la démocratie. On les accuse d’être en collusion d’avec les exploitants et pour cause.

Il n’est pas rare de voir à la télé nos gouvernants se faire remettre des lingots de 5 kilogrammes en guise de cadeaux lors des visites dans les exploitations minières. Certains sont actionnaires dans les compagnies qui approvisionnent les mines en carburants. Comme par malédiction, un ancien courtier auprès des sociétés minières incriminées sera nommé ministre des mines en 2002. On le verra vanter régulièrement l’apport précieux des mines pour l’économie malienne. Non plus, il ne prendra aucune décision dans le sens de la révision des contrats sur la base du code de 1999.

Une surexploitation négrière pour payer moins de taxes La durée de vie d’une mine est sans doute le terrain où les intérêts divergents de l’Etat et des opérateurs s’opposent le plus clairement. En effet, la conséquence perverse de la franchise fiscale qui est de 5 ans, un avantage bien compris des compagnies étrangères, est la surexploitation des réserves nationales pendant la phase de gratuité. "La concentration de la production pendant ces années d’exonération réduit considérablement les taxes payées à l’État par ces compagnies. Cette situation a un impact considérable pour les revenus des entreprises (à la hausse) et pour ceux de l’État (amoindris). Expliquent les experts de FIDH (Fédération Internationale des ligues de Droits de l’Homme) dans un publié en 2007, sous le titre : L’exploitation minière et les droits humains au Mali.

Selon nos investigations, ces sociétés gagnent 50 fois plus au Mali que par tout ailleurs en Afrique où elles sont présentes. Et paradoxalement elles investissent beaucoup plus ailleurs en Afrique, qu’au Mali.

A.K Dramé

Journaliste indépendant

Plus d’informations : http://www.bamanet.net/index.php/ac...

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