Le projet minier d’Essakane, situé à une soixantaine de kilomètres de Dori, dans la région du Sahel, avait suscité beaucoup d’espoirs chez les populations locales. Il avait été présenté comme la plus grande exploitation minière d’investissement privé au Burkina. Et comme une chance de développement pour le pays, particulièrement pour les populations riveraines. Celles-ci y ont vraiment cru et ont soutenu sa mise en œuvre à bout de bras. Aujourd’hui, au moment où la phase de construction est terminée et la mine s’apprête à rentrer en production, si l’état d’évolution du projet satisfait totalement ses promoteurs, il n’en va pas de même pour les populations riveraines. C’est la désillusion totale.
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Si les promoteurs de cette entreprise minière se disent totalement satisfaits de l’état d’avancement du projet, du côté des populations concernées par sa mise en œuvre, la situation est toute autre. A Falagountou, chef-lieu de la commune rurale la plus proche de la mine, l’on ne cache plus son amertume.
Engagements non tenus !
Selon le chef du village, Issa Boureima Maïga, de nombreux engagements pris n’ont pas été respectés. Il était par exemple prévu, dit-il, dans le cadre du développement de la localité, la reconstruction, ou à tout le moins, la réhabilitation des voies d’accès au site. Rien n’a été fait à ce niveau. Même la route menant à Essakane, à partir de Dori, n’a connu aucune réfection notable, pour supporter l’intense trafic des gros porteurs qui la pratiquent. Conséquence : cette route était déjà hors d’usage dès les premières pluies, un radier ayant cédé. Les gros camions transportant le matériel de l’usine sont obligés de faire un grand détour par Falagountou pour accéder au site. Là aussi, puisque cette route non plus n’a connu le moindre aménagement, elle ne peut supporter le trafic, à la limite démentiel, de ces « poids lourds » dont le ballet est quasi incessant. L’un de ces camions a même fini sa course dans le lit d’un cours d’eau, à Falagountou, le 26 juillet dernier. Le conducteur, d’origine ghanéenne, a perdu la vie dans cet accident. Son corps a été repêché, quelques jours après, dans les eaux, du côté du Niger voisin. « Emprunter la route Dori Falagountou est devenu une véritable galère, tant cette voie a été dégradée par les gros camions. Non seulement leurs engins dégradent notre route, mais ils refusent de la réparer », constate, avec amertume, un habitant. En plus de la question des routes, le chef de Falagountou est catégorique : de nombreuses autres doléances des populations sont restées lettres mortes. Cas de l’approvisionnement en eau potable et en électricité, dotation d’une ambulance, reconstruction du commissariat de police… Rien de tout cela ! Pourtant, se rappelle-t-il, promesse ferme avait été faite par Essakane SA, au départ, de satisfaire toutes ces doléances. Jusque-là « la seule réalisation visible d’Essakane SA à Falagountou, est une maisonnette construite au profit de la mairie », affirme-t-il, dépité.
Nouveau village aux milles maux
L’une des grosses désillusions de l’odyssée Essakane dans le Sahel aura été l’opération de relogement des populations d’Essakane sur le nouveau site. A peine six mois après leur réinstallation, des grincements de dents se font entendre au sein des habitants du nouveau village. L’état des maisons est au centre des mécontentements. De grosses fissures dans les murs, des toitures poreuses parce que mal faites, des latrines exiguës… Bref, les motifs ne manquent pas pour que les concernés crient à l’arnaque organisée. En effet, un détour dans le nouveau village laisse voir de nombreuses anomalies sur les maisons. « C’est vrai que notre ancien village était en matériaux précaires. Mais on ne peut pas comprendre qu’en lieu et place des maisons en matériaux définitifs qu’on nous a promis, ce sont, en définitive, des bicoques sans avenir de ce genre qu’on nous donne », proteste un habitant ayant requis l’anonymat. « Cela, d’autant plus que c’est la maison qui constitue la seule compensation pour ceux qui ont accepté d’être relogés ici », ajoute un autre. A en croire de nombreux témoignages, les maisons ont été construites dans la précipitation et sans chaînage. C’est ce qui explique la fissuration de nombreux murs. Interpellés par rapport à la situation, les responsables d’Essakane SA auraient dépêché des équipes pour effectuer des travaux de réparation sur certaines maisons. « Mais jusqu’à quand cela pourra-t-il tenir ? », se demande Halidou Hamadou, dont la maison est sérieusement atteinte. Ici, il est pratiquement impossible, dit-il, de demeurer en temps de pluie. En plus des murs fissurés, la toiture est quasiment une passoire.
Population désœuvrée !
Autre casse-tête à Essakane village, le problème d’eau. La plupart des robinets du village restent desséchés des jours durant, parce que l’eau fait défaut. Il était prévu, selon des sources concordantes, la construction d’un barrage à grande surface dans la localité. Mais, en fait de barrage, ce n’est qu’une retenue d’eau à peine suffisante pour les besoins de l’usine qui a été réalisée. Le plus souvent, toute l’eau est vite aspirée vers l’usine grâce à de gros tuyaux souterrains installés à cet effet. Si fait que les robinets du village restent désespérément sans eaux. La réinstallation des populations dans le nouveau village a pour autre corollaire le désœuvrement de celles-ci. L’activité d’orpaillage qui était à la base de l’existence de l’ancien village n’ayant pas survécu à ce déplacement, c’est l’oisiveté totale chez de nombreux habitants. Un autre site d’orpaillage leur aurait été indiqué, mais son éloignement fait que beaucoup ne peuvent pas y aller. Halidou Hamadou dit ne plus rien avoir pour nourrir sa famille. Et il se demande comment survivre dans ces conditions. Promesse avait pourtant été faite de mettre à leur disposition des micros crédits afin qu’ils s’investissent dans d’autres activités génératrices de revenus. Jusque-là, cette promesse tarde à devenir réalité. Seuls quelques privilégiés auraient été satisfaits. L’emploi des jeunes de la localité, promis par Essakane SA, se fait aussi attendre. En dehors de quelques veinards, recrutés comme vigiles, c’est le chômage pour la grande masse. « A cette allure, il faut craindre que la jeunesse, lasse d’attendre, se laisse aller à des activités peu recommandables pour la société entière », craint un sage du village.
Par Y. Ladji BAMA
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